Mainlevée de l'opposition : comprendre ce qui se joue
Mis à jour le 5 août 2026

En bref
Après votre opposition, le créancier doit saisir le juge pour la faire lever. Deux régimes existent. La mainlevée définitive (art. 80 LP) suppose un jugement exécutoire ou une décision administrative ; vous ne pouvez plus vous défendre qu'en prouvant par titre le paiement, la remise de dette ou la prescription (art. 81 LP). La mainlevée provisoire (art. 82 LP) repose sur une reconnaissance de dette signée ; il vous suffit de rendre vraisemblable votre libération pour la faire échouer, et si elle est prononcée, vous disposez de vingt jours pour ouvrir action en libération de dette (art. 83 al. 2 LP).
Votre opposition a bloqué la poursuite, et vous recevez une convocation du tribunal : le créancier demande la mainlevée. C'est une audience courte, souvent sans avocat, où l'enjeu n'est pas de savoir qui a raison sur le fond, mais si le créancier détient le bon papier.
Un procès sur les titres, pas sur le fond
La procédure de mainlevée est sommaire (art. 251 CPC) : le juge n'examine pas qui a raison, mais si le créancier produit un titre suffisant. Il ne recueille pas de témoignages et n'ordonne pas d'expertise. Cela va vite — souvent une audience unique — et cela explique que les arguments de fond, aussi solides soient-ils, y trouvent peu de place. Savoir dans quel régime vous vous trouvez détermine entièrement votre stratégie.
La mainlevée définitive : défense étroite
Elle s'applique lorsque le créancier dispose d'un jugement exécutoire, d'une transaction judiciaire ou d'une décision administrative entrée en force — typiquement une taxation fiscale ou une décision de Serafe. Vos moyens sont alors limités par l'art. 81 LP à trois objections, et chacune doit être prouvée par titre : vous avez payé après le jugement, le créancier vous a remis la dette, ou la créance est prescrite. Contester le bien-fondé du jugement lui-même est exclu : cela devait se faire par les voies de recours ordinaires, en son temps.
La mainlevée provisoire : le seuil est bas pour vous
Elle s'applique lorsque le créancier produit une reconnaissance de dette signée de votre main : contrat de prêt, décompte contresigné, courrier reconnaissant devoir un montant. La bonne nouvelle est que l'art. 82 al. 2 LP ne vous demande pas de prouver votre libération, mais seulement de la rendre vraisemblable — un standard nettement plus souple. Des quittances partielles, une correspondance contestant le montant, des indices de vice du consentement peuvent suffire à faire rejeter la requête.
Si la mainlevée provisoire est prononcée : agir en vingt jours
Une mainlevée provisoire n'est pas la fin. L'art. 83 al. 2 LP vous donne vingt jours dès la notification pour ouvrir une action en libération de dette devant le juge du fond. Ce délai est de rigueur, et cette action inverse les rôles : c'est un vrai procès, avec preuves et témoins, où le créancier devra établir sa créance. Passé les vingt jours sans agir, la mainlevée devient définitive et la poursuite reprend son cours vers la saisie.
Ai-je besoin d'un avocat à l'audience de mainlevée ?
Ce n'est pas obligatoire et beaucoup s'y présentent seuls. La procédure étant purement documentaire, l'essentiel est d'apporter les pièces pertinentes — quittances, correspondance, preuve de prescription — plutôt que des arguments oraux.
Que se passe-t-il si je ne vais pas à l'audience ?
Le juge statue sur la base du dossier. Si le titre du créancier est suffisant, la mainlevée sera prononcée en votre absence et la poursuite reprendra.
La mainlevée prononcée signifie-t-elle que je dois payer ?
Elle lève l'obstacle procédural et permet au créancier de continuer vers la saisie. Si elle est provisoire, vous conservez vingt jours pour ouvrir action en libération de dette (art. 83 al. 2 LP).